Le cancer et la thérapie génique

Le cancer devient une des principales cibles de la thérapie génique. Les cancers des voies aériennes supérieures concernent 500 000 personnes par an dans le monde. Le traitement de première intention, la chimiothérapie, n’est efficace que chez 30 à 40 % des malades.
Une thérapie génique utilisant un adénovirus, entreprise par une équipe anglo-américaine, vient de réactiver l’espoir de voir cette proportion augmenter sensiblement. Cet essai de phase II a concerné 30 patients, déjà traités dans la majorité des cas sans succès par la chirurgie ou la radiothérapie, qui pouvaient donc passer pour “ incurables ”. Grâce à la thérapie génique, 19 patients ont vu leur tumeur régresser d’au moins 50 %. Chez 8 d’entre eux, le cancer a totalement disparu. En outre, seuls 17 % des tumeurs ont progressé dans un délai de six mois après le traitement. Comment en est-on arrivé là ? Les chercheurs ont utilisé un adénovirus, responsable à l’état naturel de simples rhumes de cerveau. Ce virus, comme beaucoup d’autres, a la particularité de s’introduire dans les cellules, de s’y multiplier et d’entraîner leur éclatement, ce qui a pour effet de relâcher dans l’organisme un nombre encore plus important de “ virus-fils ” [voir schéma]. Ici, c’est un adénovirus génétiquement modifié qui a été introduit directement dans la plus grosse des tumeurs de chaque patient. Schématiquement, en modifiant son patrimoine génétique, les chercheurs l’ont rendu capable de détruire sélectivement les cellules cancéreuses sans agresser les cellules normales. L’adénovirus modifié est en effet incapable de se multiplier dans les cellules saines mais parvient à tuer les cellules cancéreuses, lesquelles, en majorité, présentent des anomalies génétiques qui les rendent sensibles à l’attaque virale. Pour augmenter l’efficacité de ce protocole thérapeutique, la chimiothérapie traditionnelle était conduite parallèlement. Si les commentaires des chercheurs sont particulièrement enthousiastes, il faudra bien sûr attendre qu’un nombre beaucoup plus important de patients soit inclus dans un essai de phase III pour conclure véritablement à l’efficacité de la thérapie génique dans cette indication. Curieusement, c’est donc bien la lutte contre le cancer, et non comme on pouvait l’imaginer il y a une dizaine d’années, contre les maladies génétiques, qui suscite la majorité des essais de thérapie génique : pas moins de 70 % des essais recensés sont en effet dédiés à cette cause.

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